On l'entend avant de le voir. Ce grondement sourd et rond, quelque part entre la mécanique vintage et la promesse d'une après-midi sans agenda. Puis l'acajou verni surgit entre deux coques blanches, les chromes attrapent le soleil de 11h, et tout le quai se retourne. Pas bruyamment. Juste, tout le monde se retourne.
Le Riva, c'est ça. Soixante ans que ce bateau impose sa présence dans le port de Saint-Tropez sans forcer. Acajou en douze à vingt-quatre couches de vernis, sellerie cuir, pare-brise Cinémascope: chaque détail a été pensé pour que l'objet tienne autant du runabout que de la sculpture.
L'histoire est cousue au village. Dans les années 1960, Brigitte Bardot sillonnait la baie à bord du sien, baptisé Nounours. Gunter Sachs, Jean-Paul Belmondo, Sophia Loren. Bref, une époque où Saint-Tropez et l'Italie partageaient quelque chose d'insolent et de léger à la fois.
Sauf que le Riva n'est pas resté prisonnier de cette nostalgie dorée. Les derniers bateaux en bois ont été construits dans les années 1990. Depuis, les exemplaires d'époque valent plusieurs centaines de milliers d'euros et s'échangent entre collectionneurs comme des tableaux. On les sort encore, par beau temps, avec une précaution qui trahit leur valeur autant que leur fragilité supposée.
En saison, amarrés côte à côte sur le vieux port, ils forment une ligne que rien n'égale. Pas les super-yachts, pas les semi-rigides rapides. Juste ces coques en bois qui sentent le carburant chaud et la cire. Le village a beau changer d'allure chaque décennie, certaines images restent fixes.