On l'oublie vite, à force de yachts et de terrasses. Saint-Tropez est aussi un vignoble. Pas le plus grand du Var, mais un des plus anciens: la cave coopérative Torpez, aujourd'hui connue sous le nom Vignobles de Saint-Tropez, pousse ses racines depuis plus d'un siècle sur la presqu'île, cultivant environ 180 hectares de Côtes de Provence rosé, rouge et blanc.
Sauf que là, le rosé est amer. La coopérative fait face à deux procédures judiciaires simultanées: un redressement ouvert par le tribunal judiciaire de Draguignan en mai dernier, et une enquête pénale en cours pour des questions de traçabilité, menée par la Brigade d'Enquête Vins et Spiritueux de la DREETS. Deux dossiers inédits dans la zone bénie des vins de Provence.
Dans un communiqué, la cave a reconnu « collaborer pleinement avec les services de l'État » à la suite d'un contrôle administratif portant sur la traçabilité. Elle présente le redressement comme une procédure visant à « accompagner la poursuite de l'activité et la recherche de solutions pérennes ». L'administration précise, de son côté, qu'il n'existe aucun scellé posé sur les cuves.
Mais les coopérateurs, eux, ne mâchent pas leurs mots. Toute la filière est en souffrance, dit-on du côté des vignerons: baisse durable de la consommation, pression sur les prix, hausse des coûts de production. La crise n'est pas tropézienne, elle est nationale. Mais à Saint-Tropez, elle prend un relief particulier, dans un village où le prestige du nom contraste depuis longtemps avec la modestie de la production.