Le 15 juin 1637, et pourquoi cette bataille comptait
Ce jour-là, 21 galères espagnoles pointent leurs proues à l'entrée du golfe. Leur objectif n'est pas le village : quatre vaisseaux du Roi sont en réparation dans le port, immobilisés, et la flotte espagnole vient les détruire.
Le rapport de force est écrasant. Les Tropéziens, avec l'aide des équipages des quatre navires, engagent le combat. L'affaire dure environ trois heures d'échanges d'artillerie. À l'issue, la flotte espagnole repart sans avoir coulé un seul vaisseau du Roi.
Vue d'aujourd'hui, l'affaire peut sembler mineure. Elle ne l'était pas. La France et l'Espagne sont en guerre, et la Méditerranée du XVIIe siècle est un théâtre d'opérations permanent, où les corsaires barbaresques razzient les villages côtiers depuis plus d'un siècle. Saint-Tropez a une particularité qui en fait une cible : son golfe est profond, abrité, facile à défendre, donc commode pour réparer la flotte royale. Ce qui protège le village attire aussi l'ennemi. Perdre quatre vaisseaux du Roi au mouillage aurait été une humiliation stratégique et un coup réel porté à la marine française en Méditerranée.
Le village, lui, était organisé. Depuis 1558, il élit chaque année un capitaine de ville qui commande une milice locale. Quand les galères se présentent, les Tropéziens ne découvrent pas la situation : ils la préparent depuis quatre-vingts ans.
Le 11 juillet 1637, moins d'un mois plus tard, les consuls votent l'établissement, chaque année le quinzième jour de juin, d'une procession générale en action de grâce. La Bravade des Espagnols est née de ce vote, et elle n'a jamais cessé depuis. C'est cela qu'on regarde le 15 juin : un vœu municipal du XVIIe siècle encore exécuté à la lettre.