L'eau claque doucement contre les coques. Tôt le matin, quand les terrasses du quai Jean Jaurès sont encore vides, le port se livre sans filtre. Façades ocre et vert olive du vieux bassin, lumière rasante qui allume les crêtes, odeur de café mêlée au sel.
Avec ses 734 postes d'amarrage répartis sur deux bassins et 9 hectares de plan d'eau, le port concentre le paradoxe tropézien: des pointus amarrés à quelques mètres de yachts estimés à plusieurs dizaines de millions. Ce contraste raconte cinq siècles d'histoire. Fondé à la fin du XVe siècle par des marins génois, le port devient au XVIIIe siècle le troisième port français de Méditerranée, exportant vin, liège et bois. Le quai de l'Épi abritait les rampes de lancement des chantiers navals, après Marseille, Saint-Tropez était le deuxième plus grand chantier de construction de trois-mâts.
Aujourd'hui, entre les super-yachts alignés au môle d'Estienne d'Orves et les pointus de la Ponche, le port garde sa double vie. Celle des plaisanciers qui viennent pour les Voiles, et celle des pêcheurs de la place aux Herbes. C'est cette même lumière qui a poussé Paul Signac à amarrer son yacht l'Olympia ici en 1892, transformant un village de pêcheurs varois en foyer de l'art moderne. La promenade longe le quai Suffren jusqu'à la tour du Portalet, où commence le sentier du littoral. Hors saison, c'est là que Saint-Tropez retrouve son âme.