Il y a une heure dans la journée où Saint-Tropez redevient lui-même. Tôt le matin, quand le mistral a soufflé la nuit et que les terrasses sentent encore le café froid. Les pêcheurs de la place aux Herbes sont déjà là, les yachts dorment. Le village respire.
Fondée comme cité corsaire et protégée par sa citadelle du XVIe siècle qui domine la baie depuis les hauteurs, Saint-Tropez a traversé les siècles avec une étonnante désinvolture. Cité génoise au XVe siècle, port de corsaires au XVIe, première commune libérée lors du débarquement de Provence le 15 août 1944, et puis soudain, dans les années 1950, tout bascule: les peintres (Signac avait ouvert la voie dès 1892), puis les écrivains, puis Brigitte Bardot, puis la jet-set mondiale. Un village de pêcheurs devenu mythe planétaire en à peine une génération.
Sauf que le village est toujours là. Les ruelles de la Ponche n'ont pas bougé. La place des Lices résonne encore des boules le matin, avant que les terrasses ne se remplissent. Le quai Gabriel Péri et ses façades ocre et rose tient bon face aux super-yachts amarrés deux pas plus loin. Peuchère, il y a des contradictions qui font tout le sel d'un endroit.
Le village se visite à pied, lentement, sans programme. La Ponche, le cimetière marin, la montée vers la citadelle pour la vue sur le golfe, un café au Sénéquier sans regarder les prix. Hors saison, entre octobre et mai, tout ça appartient presque aux locaux. C'est ce Saint-Tropez-là qu'on préfère.