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La Nioulargue, l'histoire derrière les Voiles
Histoire de la voile · Disparue en 1995, devenue les Voiles en 1999

La Nioulargue, l'histoire derrière les Voiles

Non, la Nioulargue n'a pas lieu chaque automne. Elle s'est arrêtée en 1995 et a donné naissance aux Voiles. Cette page raconte une histoire, pas un rendez-vous : celle d'une course de quatorze ans qui reste la référence morale de toute la voile classique méditerranéenne.

De septembre 1981 à 1999, quatorze ans et un arrêt

L'histoire commence par un pari. En septembre 1981, deux bateaux se lancent un défi devant Saint-Tropez : le Swan Pride, avec à bord Pierre Roinson, président de la Société nautique de Saint-Tropez, et le 12 m Ikra. Le parcours est improvisé et parfait : départ de la tour du Portalet, on contourne une bouée au large, on finit devant le Club 55, sur la plage de Pampelonne. À l'arrivée, Patrice de Colmont, le patron du Club 55, remet au vainqueur une coupe improvisée. La bouée du parcours s'appelle la Nioulargue, qui désigne en provençal le nid du large. Le nom passe du point de virement à la course entière, puis à toute une époque.

Patrice de Colmont fait grandir l'événement en gardant l'esprit de départ : pas de catégories étanches, pas de hiérarchie. Des bateaux de série se retrouvent sur le même plan d'eau que des maxis ultra-sophistiqués, des prototypes de course et des yachts classiques restaurés. La Nioulargue invente ainsi, sans vraiment le vouloir, le format de la régate classique méditerranéenne : une semaine de courses côtières, une convivialité assumée, et une fin de journée à terre au moins aussi importante que la course.

En 1995, une collision fait un mort pendant l'épreuve. L'événement s'arrête, et ne se tiendra pas pendant trois ans. Ce n'est qu'en 1999 que la voile tropézienne reprend le flambeau, sous un nouveau nom et une organisation différente : les Voiles de Saint-Tropez. Le nom de Nioulargue disparaît de l'affiche, mais la flotte, la période de l'année et l'esprit restent.

Ce qu'elle a changé, dans la voile et dans le village

Il est difficile, aujourd'hui, de mesurer à quel point le format était neuf. Au début des années 1980, la voile de compétition est cloisonnée : les bateaux anciens ne courent pas, ou entre eux, dans des rendez-vous confidentiels. Les yachts classiques sont souvent considérés comme des objets décoratifs coûteux.

En les faisant régater dans le même événement que des prototypes de course, la Nioulargue leur redonne une raison d'exister autre que patrimoniale. Un bateau qui court est un bateau qu'on entretient, qu'on restaure et qu'on transmet. Beaucoup de restaurations majeures menées en Méditerranée dans les années 1980 et 1990 sont directement liées à l'existence d'un rendez-vous où montrer le résultat. C'est l'héritage le moins visible, et probablement le plus important. Une flotte qui revient chaque année fait aussi vivre, dans tout le golfe, des voileries, des charpentiers de marine et des gréeurs.

Le village y a gagné son arrière-saison. Avant 1981, octobre était un mois mort à Saint-Tropez. Aujourd'hui, entre les Voiles, Paradis Porsche et la Grande Braderie, c'est un mois plein. Les deux derniers se sont d'ailleurs calés dans le sillage du premier : Paradis Porsche a été créé en 1993, une semaine après la Nioulargue, précisément pour profiter d'un village encore animé.

Yachts classiques dans le golfe de Saint-Tropez
Voiliers en navigation dans le golfe de Saint Tropez. Vue prise d'un bateau qui suivait la régate. Photo : Dicard · CC BY-SA 3.0

Pourquoi Saint-Tropez, et pas ailleurs

Le pari de 1981 aurait pu se jouer n'importe où sur la côte. Qu'il ait donné naissance à un rendez-vous mondial tient à trois choses, et aucune n'est un hasard.

Le plan d'eau. Le golfe est vaste, abrité, et il ouvre sur le large par une seule entrée. On peut y tracer des parcours côtiers longs sans jamais s'éloigner de la côte, ce qui est exactement ce qu'il faut pour que des spectateurs voient quelque chose depuis la terre.

Le vent. Le régime local alterne mistral, qui descend du nord-ouest, et brises thermiques de l'après-midi. Cela donne des conditions variées et souvent exploitables à l'automne, quand beaucoup d'autres sites méditerranéens sont déjà instables.

Le port. Trois cents bateaux, dont des unités de très grande taille, doivent pouvoir s'amarrer au même endroit pendant une semaine. Peu de ports méditerranéens le permettent, et encore moins avec le village à cinquante mètres des pontons.

Ce qui reste aujourd'hui : la Club 55 Cup

Le parcours d'origine n'a pas disparu. Depuis sa relance en 2003, la Club 55 Cup se dispute chaque année au milieu de la semaine des Voiles, et c'est l'hommage direct à la course de 1981.

Le principe est resté délicieusement archaïque. Deux bateaux seulement s'affrontent, sur le parcours historique : tour du Portalet, bouée de la Nioulargue, arrivée devant le Club 55. Le vainqueur repart avec le droit de défier le bateau de son choix l'année suivante. Le règlement prévoit qu'une réclamation doit être accompagnée d'une caution en rosé frais du pays. Et tout se termine par un déjeuner sous les tamaris.

Yachts classiques dans le golfe de Saint-Tropez
EMILIA 1930 au milieu de la flotte de vieux greements Photo : Jean Francois Fournier Photographe from cannes, france · CC BY 2.0

Où voir des traces de cette histoire

Le Club 55, sur la plage de Pampelonne, reste l'adresse fondatrice. La coupe y est toujours remise, les lieux n'ont pas cherché à se transformer en musée, et le nom y est encore un sujet de conversation.

La tour du Portalet, point de départ historique, est à l'entrée du port et se rejoint à pied en cinq minutes depuis le quai. Pendant les Voiles, le bar installé à son pied est l'un des points de ralliement de la semaine.

Le port lui-même accueille des unités classiques toute l'année. Une promenade le long des quais, en semaine et hors saison, permet d'en voir sans foule et sans billet : le quai d'honneur, à l'est, concentre les plus grandes.

La Citadelle, pour la vue d'ensemble sur le plan d'eau où tout s'est joué : on y voit d'un seul regard le port, la sortie du golfe et, au fond, la baie de Pampelonne. Depuis le sentier du littoral, qui longe la sortie du golfe, on est au plus près des bateaux qui passent.

Le vocabulaire, pour ne plus se tromper

  • La Nioulargue : le nom de la bouée, puis de la régate courue de 1981 à 1995. N'existe plus comme événement, et les sites qui en annoncent des dates recopient une erreur ancienne.
  • Les Voiles de Saint-Tropez : l'événement actuel, depuis 1999, fin septembre et début octobre. C'est là qu'il faut aller.
  • La Club 55 Cup : le duel entre deux bateaux, relancé en 2003, couru en milieu de semaine des Voiles sur le parcours d'origine.
  • La Giraglia : une tout autre régate, plus ancienne, qui part de Saint-Tropez en juin vers l'Italie. Elle raconte l'autre moitié de l'histoire nautique tropézienne, plus sportive et tournée vers l'Italie.
Les questions qu'on nous pose
Où se trouvait la bouée de la Nioulargue ?
Au large de la baie de Pampelonne. C'était le point de virement du parcours d'origine, entre la tour du Portalet et l'arrivée devant le Club 55. La Club 55 Cup l'utilise toujours chaque année.
Pourquoi les Voiles ne s'appellent-elles pas la Nioulargue ?
Parce que la reprise de 1999 s'est faite sous une organisation nouvelle, après trois années d'interruption et un accident mortel. Le nom appartient à une autre époque. Les organisateurs des Voiles continuent malgré tout de compter les anniversaires de la Nioulargue en parallèle des leurs : ce sont deux noms pour une même lignée.
Peut-on assister à la Club 55 Cup ?
Oui, et gratuitement, depuis le môle ou depuis la plage de Pampelonne pour l'arrivée. C'est le duel le plus discret de la semaine : deux bateaux au large pendant que trois cents autres régatent ailleurs. La date exacte est annoncée dans le programme officiel des Voiles.
Des bateaux qui ont couru la Nioulargue naviguent-ils encore ?
Oui, une grande partie de la flotte de yachts classiques qui régatait alors revient chaque année aux Voiles, souvent après des restaurations menées précisément pour continuer à courir. C'est le meilleur endroit pour les voir, et la seule semaine où ils sont tous au même endroit.
La Nioulargue et la Giraglia sont-elles liées ?
Aucun lien. La Giraglia est née en 1952 dans un café parisien, elle part en juin vers l'Italie et relève de la course au large. La Nioulargue est née en 1981 d'un défi local et n'a jamais quitté le golfe.

Source : Les Voiles de Saint-Tropez

#voile#histoire#régate#Club 55#patrimoine
Publié le 2 septembre 2026
On se croise sur place, tu me reconnaîtras au panama.